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Note : cet article invité a été rédigé par Cyriaque Malet du blog maitriser-la-guitare.com .

 

Voilà certainement LA question que les musiciens en herbe se posent tous lorsqu’ils débutent :

« Pourquoi d’autres progressent et moi non? »

J’ai beaucoup réfléchi à la différence entre mes élèves qui progressaient vite et ceux qui stagnaient.

J’ai aussi réfléchi dans mon parcours aux moments où j’ai fait le plus de progrès et ceux où j’ai eu l’impression de ne pas évoluer voire régresser !

Probablement que pour beaucoup, ce que je vais dire dans cet article sera « connu », ou vous allez vous dire « ah oui mais bon ça, je le savais déjà… ». Très bien. Mais pour vous, comme pour moi, ce n’est pas ce que nous savons mais ce que nous faisons qui compte. 

Je souhaite que cet article soit un rappel. Mais peut être que pour d’autres, ce sera un réveil. Je sais que dans mon cas, le fait d’avoir pris conscience de ces points a été un élément clé dans mes progrès.

 

Le discours avec soi-même ou l’art d’arrêter de se raconter des histoires 

La tendance générale quand on se lance dans la musique et que les progrès ne sont pas là, c’est de se dire « je n’ai pas assez de talent », « l’école dans laquelle je suis inscrite n’est pas assez performante », « je n’ai pas d’argent pour prendre des cours », et quand vous suivez des cours « oui mais le prof n’est pas assez bon ou pas très pédagogue », ou « je n’ai pas beaucoup de temps ».

Bref : trouver des causes extérieures, ou plus simplement, des excuses. 

On se raconte des histoires – je ne suis pas totalement guéri, je fais des rechutes parfois, vous inquiétez pas 🙂 – et au final on ne fait rien : on perd du temps, on gaspille son énergie, et surtout nos projets n’avancent pas.

Alors bien sûr, tout n’est pas en notre pouvoir : que vous ayez des « facilités » dans un domaine n’est peut être pas entièrement de votre ressort. Peut être avez vous eu la chance d’avoir des cours de piano ou de solfège étant enfant et cela vous a donné des bases pour plus tard, peut être que vous avez grandi dans un environnement musical, etc.

Ce n’est pas le propos ici. Ne cherchons pas à changer ce qui ne peut pas l’être. Au contraire, focalisons nous sur notre périmètre d’action : ce que l’on peut faire dès aujourd’hui pour changer notre trajectoire. 

Que cela vous prenne plus de temps pour apprendre un concept dans Ableton, pour apprendre la guitare, pour composer un morceau : les gens qui auront le résultat final s’en ficheront totalement, ce qui compte c’est le produit final, pas le chemin qui vous a mené à là. Que vous mettiez 1, 2 ans ou 6 mois à bien faire quelque chose, ça n’a aucune importance au final.

Deux traits qui font toute la différence

Dans mon parcours, j’ai distingué 2 traits essentiels pour vraiment progresser :

1. Être un bosseur 2.0

Oui, travailler. Simple, n’est-ce pas?

Mais combien de fois ai-je eu affaire à des élèves qui ne travaillent pas entre 2 cours et qui se lamentent de leur manque de progrès? Croyez vous qu’en passant 20 minutes par mois sur un projet, même pendant 20 ans, celui ci va beaucoup évoluer ?

Je l’ai constaté aussi avec moi-même : la différence entre les moments où je travaille et ceux où je crois que « le temps jouera en ma faveur » (en ne faisant rien) est drastique. Pour les premiers, je progresse, ça n’est pas toujours facile de faire face à sa frustration, mais je progresse doucement. Pour les seconds, je me laisse bercer d’illusions et au final, je ne progresse pas mais en plus je rends la tâche encore plus difficile : effectivement une tâche non faite aujourd’hui ne sera pas plus facile à faire demain.

A chaque fois que vous procrastinez, rappelez vous ceci : si je ne fais pas ce que je dois faire maintenant, alors ce sera encore plus difficile demain. 

C’est un des maux de notre société : croire que travailler peu 1 ou 2 fois par semaine suffira. Laissez moi vous rappeler quelque chose d’universelle pour réussir quoi que ce soit : ça ne marchera que si vous le faites à fond. Faire de la musique est une décision sérieuse. Si vous voulez progresser et en faire à un bon niveau, il ne faut pas tourner autour du pot : asseyez vous sur une chaise et travaillez.

Pourquoi je parle de « bosseur 2.0 » ?

Généralement on distingue le dur labeur (hard work) et le travail intelligent (smart work). Le bosseur 2.0 c’est celui qui travaille beaucoup ET intelligemment. C’est donc celui qui bosse beaucoup mais qui se pose également les bonnes questions : pourquoi je n’arrive pas à obtenir ce son que je recherche? Comment arrêter de faire les mêmes erreurs et de passer à l’étape supérieure?

Le mot-clé ici quand on travaille pour devenir un bosseur intelligent : auto-analytique.

Quand vous faites quelque chose, « faites un pas de côté » et demandez-vous « comment optimiser ce que je viens de faire? » 

Travailler intelligemment, c’est donc avoir un regard de commentateur sur ce que vous faites en permanence : si vous n’arrivez pas à avoir ce regard sur vous alors demandez conseil, prenez des cours, demandez à quelqu’un de plus avancé. Mais plus vous vous poserez cette question, plus vous allez développer le « muscle » de cette compétence. Donc même si vous prenez des cours ou que vous avez l’aide d’un ami plus expérimenté, je vous recommande de développer cette compétence.

Combien de temps faut-il travailler par jour?

Autant que possible ! Je me rappelle avoir lu une interview du guitariste John Scofield où on lui demandait « vous travaillez combien d’heures par jour? », il a répondu que lorsqu’il n’avait que 30 minutes, c’était 30 minutes, quand il avait toute la journée, c’était toute la journée.

Travailler, c’est investir dans le futur vous : celle ou celui qui va arriver à concrétiser la musique qu’il souhaite réaliser.

2. Persévérer ou traverser les « Ten Dark Years »

Travailler, c’est l’étape numéro 1, mais la musique est un marathon. Le deuxième trait qui me semble indispensable pour progresser en musique c’est tout simplement d‘être persévérant. On peut appeler cela les « Ten Dark Years » (« les 10 années dans l’obscurité ») mais c’est tout simplement les moments où vous galérez littéralement et où ça ne marche pas encore tout à fait voire pas du tout.

Dans son ouvrage « Outliers« , Malcolm Gladwell parle de la règle des « 10 000 heures » : selon lui, il faut passer 10 000 heures sur un sujet pour en devenir un expert.

Si on fait un rapide calcul : si vous passez 1 heure par jour pour travailler votre musique, cela fait 365 heures par an, dans 10 ans, vous aurez accumulé 3650 heures de travail, soit le tiers de ce que recommande Gladwell. Si vous passez 3 heures par jour pendant 10 ans, cela vous fera 10 950 heures !

Bien sûr tout cela est un peu schématique, et si vous travaillez très mal pendant 9 999 heures – je me demande si c’est possible ? 🙂 -, vous n’allez pas devenir incroyablement bon dès que vous êtes à 10 000 heures. Mais ce qui est intéressant là dedans c’est de mettre cela en perspective et de se demander honnêtement : « Ai-je vraiment passé suffisamment de temps sur mon projet ? » Si la réponse est non, alors vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Il suffit de regarder le parcours de musiciens célèbres : AUCUN n’est devenu un génie, a sorti un album et est devenu internationalement connu, le premier jour où il a commencé à faire de la musique. Cela prend du temps, des cours, de l’assimilation, des rencontres, des échecs, des réussites, de l’expérimentation, du travail quotidien.

Si vous voulez réussir en musique, il faudra persévérer, jour après jour.

Voici donc les éléments à retenir pour progresser en musique :

-arrêter de se raconter une histoire sur soi-même.

-travailler et investir vraiment du temps dans sa musique.

-persévérer : ne pas lâcher avant d’avoir accompli son objectif.

Allez vous prendre la décision de vraiment progresser aujourd’hui? Si oui, dites moi comment dans les commentaires !